Nous sommes dans le Jardin. La nuit approche et tout n’est que calme et senteur de roses, d’herbes fraiches et fruits mûrs. Même l’eau jaillissante de la fontaine semble vouloir atténuer son joyeux clapotis pour accompagner en sourdine le vent du soir qui s’amuse à mélanger les odeurs du jardin.
Nous sommes nombreux à les attendre, dispersés dans notre « Locus voluptatis ». Il y a là mon trouvère au luth étrange, qui improvise des airs pour accompagner les oiseaux. L’ondine, assise dans l’herbe s’amuse en soufflant sur les pétales de rose qui flottent dans le bassin, comme des dizaines de minuscules vaisseaux ballottés par la tempête. Elle plonge la main dans l’eau, la remue et forme un petit tourbillon, et c’est une danse de pétales maintenant. Sur une banquette, la Damoiselle Lointaine a, sur ses genoux, son petit fauve qu’elle grattouille derrière l’oreille pour l’entendre ronronner. Au alentour, dans les bosquets, par petits groupes, nos compagnons et compagnes discutent, en usant de rhétorique malicieuse, des derniers sujets abordés lors de nos précédents rassemblements. Leurs doux affrontements verbaux ne les empêchent pas d’observer à la dérobé des damoiselles qui, sur un air qu’elles chantonnent, viennent de se prendre par les mains et dansent en rond. En retrait depuis un moment, un jongleur, dans son superbe costume de charivari, une crécelle à la main, s’avance aussi pour les contempler. Et soudain, Blondes et Brunes, cheveux et robes s’envolent. Branle gay! Danse de fête jusqu’à s’en couper le souffle! Cela finit dans des rires, puis le calme revient.
Et c’est à cet instant qu’ils arrivent.
Lui, sur son destrier noir. Elle, sur son palefroi immaculé. Ils se donnent la main, leurs montures marchant l’amble. Sur son poing droit, la Dame porte un faucon. L’homme est accompagnée d’un dogue, aussi blanc que la haquenée que monte sa Domna, et qui porte un collier serti de pierres précieuses. Le chien vient jusqu’à moi, me renifle, puis pose sa truffe dans ma paume offerte. Enfin il s’allonge à mes pieds alors que je me lève pour saluer les Parfaits Amants. Tous, dans le Jardin, s’inclinent à présent et ils acceptent notre hommage par un sourire.
Il me dit :
« Nous venons sur ton invitation, car nous avons entendu parler de ton jardin et des inestimables personnes qui s’y croisent. »
Elle me regarde, sourie, et ajoute :
« Ton ambition de faire reverdir le Jardin Courtois était téméraire, chevalier, et voilà que s’y côtoie de chères âmes. Ta quête, digne d’un vrai fidèle d’Amour, sera bientôt accomplie »
Je m’incline de nouveau.
« Vous me faites trop d’honneur. Je ne suis, en ces lieux, que le serviteur de ceux qui m’honorent de leur amitié et daignent consacrer du temps aux jeux que je propose. Cela me remplit de joie et mon bonheur est à son comble de vous recevoir. Afin de fêter dignement votre visite, je propose à notre assemblée mon jeu-parti préféré. »
Une Dame assise entre trois soupirants gratifie l’un d’une œillade, le deuxième d’un serrement de main, le troisième d’une pression du pied sous la table. Lequel à été le plus favorisé?
Le son d’un tambourin et d’une cornemuse se rapproche.
« Nous allons réfléchir à ton jeu, me dit-Il, mais avant cela, nous nous seront agréablement épuisés à la danse, si tu le permets »
Comment refuser? Je m’approche pour tenir leurs deux montures.


nche 22 mai, à partir de 14h, la Maison pour tous Marcel-Bou de Noisy le grand accueille gentes dames et preux chevaliers dans un jardin courtois, où troubadours et jongleurs viennent célébrer la Fin’amor.

- C’est un air que mon père m’a écrit en cadeau, me dit-elle. Allons! Comme, à vous entendre, je suis indispensable à ce bal, retournons danser avant que mon absence ne vienne gâcher la fête. Je ne pourrais pas le supporter.
Le Chevalier d’Azur, avec adresse, fait tournoyer sa Dame avant de l’inviter à s’asseoir.
Et elle me tire la langue!
Mais au fait? Qui, de l’homme ou de la femme est le plus esclave de ses sens?
jardin courtois, c’est la nuit, et tout est endormi.
