De Joie et de Jeunesse – 6ème jeu-parti

- Pourquoi t’ai-je accompagné?

Il est assis prés de la fontaine et me regarde d’un air farouche.

- Tu sais que je n’apprécie guère tes jeux. Je trouve ces règles d’amour déplacées. Ne te méprend pas! Je sais aimer, et j’apprécie la présence des Damoiselles! Mais conviens avec moi que tout cela est bien rigide, artificiel

Je ne réponds pas. Le doux bruit de la fontaine comble le silence. Il reprend en se levant d’un coup.

- Et pourquoi devrions-nous être soumis à la dame? En voilà un drôle de sentiment, régis par des règles et des commandements ! Et pourquoi être lié en se sentant inférieur?
Je souris en lui répondant :
- Allons compagnon! Pourquoi essayer de caricaturer la Fin’Amor? Ne cache pas ton peu de patience aux jeux courtois derrière des raisons puériles. Ce qui se passe entre la Dame et son soupirant est un doux secret bien complexe. Le Jeu d’Amour est subtil. Je reconnais devant toi que nous imposons comme règle principale que la Dame est maîtresse du jeu amoureux…

- Ah! Tu vois!

- Mais, mon orgueilleux amis, le piège est tendre! Qu’importe d’être vassal, si le suzerain te comble de biens! Ne vois aucun abaissement à lui reconnaître le pouvoir. C’est une grande responsabilité qu’elle a, puisqu’elle a ton cœur et ta vie. Elle serait bien indigne d’être aimée celle qui abuserait de ce pouvoir. Laisse-moi te parler d’une troubairitz passionnée. Nous la connaissons sous le nom de la Comtesse de Die. Ce fut une Dame de grande noblesse, de grand talent et une grande amoureuse. Je te propose un de ces chants :

De joie et de jeunesse je me rassasie.
Joie et jeunesse me rassasient.
Mon ami est le plus malicieux,
Alors je suis vive et malicieuse.
Puisque je suis vraie avec lui,
Il est bon qu’il soit vrai avec moi.
A l’aimer, je ne renonce pas,
Et je n’ai pas le cœur de m’éloigner.beatritz-de-dia

Il me ravit et je sais qu’il vaut mieux que moi,
Celui pour qui j’ai le plus grand désir.
A celui qui le premier m’attira,
Je prie Dieu qu’il donne joie.
Que celui qui dirait du mal de lui,
On ne le croit pas, sauf si c’est moi qui fais le reproche!
Bien souvent on rassemble les verges
Dont soi-même on se frappe!

Et la dame qui s’y connaît en vrai mérite
Elle doit placer sa confiance en un preux chevalier vaillant
Alors, quand elle reconnaît son courage,
Qu’elle ose l’aimer ouvertement,
Car la dame à l’amour ouvert,
Les personnes vigoureuses et avenantes
Lui rendront hommage.

J’en ai choisi un valeureux et gracieux
Par qui le mérite progresse et s’affine.
Lui, généreux, adroit, cultivé
Sage et savant,
Je le prie de me faire confiance
Que personne n’aille lui faire croire
Que je l’abandonnerai,
Tant que, bien entendu, rien en lui ne me déçoit!

N’aimerais-tu pas être l’amant qu’elle chante et qu’elle décrit avec tant de passion? Que penses-tu des tendres chaînes qu’elle propose? Te sentirais-tu rabaissé d’être tant aimé?

- Bon! Je t’accorde que tu défends adroitement tes idées mais…

- Silence maintenant, mon cher compagnon, j’entends approcher Gentes Damoiselles et Chevaliers. Nous reprendrons notre conversation plus tard. Pour le moment, reste donc avec nous et, si le cœur t’en dit, participe à notre nouveau Jeu-parti

Dans notre Jardin Courtois, je m’avance et vous demande ceci :

Que doit préférer un amant, ou d’avoir les faveurs de sa mie, en l’exposant à un éclat, ou de manquer ces faveurs pour garder leurs amours secrètes?
Un temps de réflexion ou nous n’entendons que le bruit de l’eau qui coule à la fontaine. Il fait doux et nous sommes en honnête compagnie. Qui prend la parole?

3 réponses à “De Joie et de Jeunesse – 6ème jeu-parti”

  1. Gaulcem Faidit dit :

    Mes chers amis, afin de répondre mieux,
    A la question d’Yves, chevalier preux,
    Je vais m’amuser à prendre un exemple,
    Où, pour de vrai, qui se ressemble s’assemble.

    Je m’imagine que je suis dans une assemblée,
    Où l’on remet un prix à la plus belle Domna,
    A celle qui n’a d’égale que Vénus en beauté,
    Que Minerve en Esprit et que Marie en Foi.

    Et je suis amoureux d’une femme qui l’est de moi,
    Alors devant tous, je peux bien dire avec joie,
    Tout l’amour que j’ai dans le cœur pour elle,
    Que tous sachent qu’elle est mon seul arc en ciel.

    Donc, je fais honneur, devant tous, à ma chérie
    Qui est dans l’assemblée et que l’on applaudit,
    D’être aimée par moi de cette façon là, ainsi
    L’on sait qu’à mes chers yeux elle seule mérite le prix.

    Je pourrai tout à fait faire ce choix là,
    Et faire honneur à ma chérie Domna.
    Mais imaginez un instant alors
    Que de silence, au contraire, je m’arbore.

    Et même mieux, à ce moment là je dis
    Que je suis, tel Orphée, seul dans ma vie,
    Malheureux amant, ce qui serait faux,
    A dire, devant tous, devant elle, tout haut.

    Pourquoi me direz-vous ? Car quoi, enfin,
    Ce serait aimer comme en clandestin,
    Une femme qui fait notre entier bonheur,
    Dont on ne peut se passer même une heure.

    Je pourrais répondre, que c’est par pudeur,
    Que sans renier ma joie ni mon bonheur,
    Je n’ai besoin de lui voir un prix pour l’aimer
    Et que je préfère garder notre amour secret.

    Ensuite pour bien la rassurer,
    Je lui découvrirai mon artifice,
    Tout cela bien sur en privé,
    Qu’elle ne se croit pas nouvelle Bérénice.

    Maintenant que j’ai présenté nos solutions,
    Je pourrai ne pas trancher, par pure abstention,
    Comme Lady Elisabeth, ma très chère amie,
    Et vous laissez réfléchir à ce que j’ai dis.

    Mais, de Gaulcem, ce n’est pas tradition,
    Je préférerai, je le sens la discrétion,
    Dire mon amour pour ma belle, ma Domna,
    Serait bien beau, mais subjectif, voilà !

    Mon amour ne concerne qu’elle seule et moi.
    Comme je ne fais devant tous, pas le moindre éclat,
    Je n’aurai d’elle pas de faveurs publiques,
    Je les préfère privées, c’est plus pudique.

    Voilà pourquoi je vous ai fait cette fable,
    Parce que c’est à mon sens préférable
    Pour un amant d’être secret sur son amour,
    En faire éclat public, pourrait lui jouer des tours.

  2. Mairin LeFay dit :

    *prend timidement la parole*

    Sans vouloir ici contredire le brillant poète qu’est Gaulcem, je crois que je suis partisane du deuxième choix proposé par notre ami Yves le Rouge…
    Certes, tenir son amour secret a des attraits, mais n’est-t-il pas plus agréable, pour des amants, que de pouvoir vivre leur passion aux yeux de tous? Jouer à ne pas se connaitre, au coeur de la foule, peut amuser quelques temps, mais quoi de plus bon que de pouvoir se promener aux yeux de tous au bras de son amant? N’est-ce pas crier sa fieté d’être aimée et d’aimer en retour?

    Sur ce, gentes Dames et gentils Sires, souffrez que je me retire, en espérant bientôt revenir parmi vous aux bras de celui que mon coeur a choisi…

  3. Le Roi Renaud dit :

    Je crois que le plus beau siège au fond de nos cœurs
    Et l’amour est d’abord une chose intérieure.
    Lorsque, connu des autres, on me dit qu’on le voit,
    Permettez, gentes gens, que j’en doute parfois.

    Ce sentiment si fin qui me met en émoi
    Qui pourrait en parler? Prince, Reine ou bien Roi?
    Quand bien même on mettrait ensemble, là, les trois
    Nul ne pourrait rien dire, personne, excepté moi!

    Et ce que l’on admet comme étant bien visible
    N’est pas le vrai amour, cela est impossible.
    Ce n’est que la posture, ce n’est que l’apparence
    Ce n’est pas le vécu, là est la différence.

    Même le spectateur au passé amoureux,
    Qui aima à en être heureux ou malheureux,
    Pourra-t-il jamais dire « je sais ce que tu sens »?
    Alors que dans ses veines coule un tout autre sang?

    Unique à chaque fois est le feu amoureux
    Et l’on n’est pas deux fois pareillement heureux.
    Cet amour sans matière, sans réelle existence
    Peut-il toucher ces yeux, dont la vue est le sens?

    Ce sentiment, messire, est donc toujours caché.
    Je dois donc en conclure (ne soyez pas fâché):
    Il se vit en-dedans, mais il ne se voit pas.
    La question posée, donc, ne se pose pas.

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