Débattons du Plaisir – 8ème jeu-parti

Lors de mes rencontres, à l’orée de la forêt qui cache notre jardin, je tenais conversation avec une Dame, pleine de félicité, et un charmant compagnon guerrier du feu, alors que nous consultions le Facierum album.
Ils me disaient que les jeux sur la Fin’amor, leur semblaient bien fades, selon l’inclination qu’ils avaient tout les deux pour le plaisir des sens.
Même si l’Amour Courtois sublime les sentiments amoureux, le plaisir n’est pas négligé, loin s’en faut.
Le Troubadour Raimon Rigaut chantait:
« Toute dame qui m’accorde son amour,
Je veux que d’abord elle me le laisse faire. »

De Guillaume d’Aquitaine, le premier des grands troubadour, il nous reste onze chansons dont six sont plus que grivoises.

La vida de ce poète dit ceci :
« Le comte de Poitiers fut un des plus courtois hommes du monde, un des plus grands trompeurs de dames, riche en aventures galantes. »
L’amour chanté par  Guillaume n’est pas chaste. Il aboutit à sa conclusion charnelle.
Dans un de ces chants, il compare deux de ces maitresses à des chevaux qu’il a du mal à dompter et qu’il ne peut « garder tous deux, car l’un ne peut supporter l’autre ».
Jaufré Rudel, dont je parlais dans notre cinquième jeu, raconte, dans un de ces chants, une aventure peu chaste, où,  alors qu’il se trouve en douce compagnie, il est dérangé par des jaloux et obligé de fuir dans le plus simple appareil.

jardin courtois grivoisMais au fait? Qui, de l’homme ou de la femme est le plus esclave de ses sens?
Dans notre jardin courtois, Je me suis installé, pour cette fois, précisément entre les gentes damoiselles et fiers chevaliers. Il est simple de deviner pourquoi et pourtant j’espère des surprises car, « maréchal de lisse » de ce tournoi, il ne m’est rien de plus savoureux que les surprises de nos débats.
Voici le Jeu:
Deux personnes qui s’aiment sont couchées ensemble et s’en tiennent à de légères caresses : laquelle des deux fait un plus grand sacrifice?
(Nous conviendrons que nous sommes en présence d’un couple hétéro.)

Je m’éloigne maintenant et m’installe un peu à l’écart alors que le débat commence. Mes pensées volent vers ma Domna…

5 réponses à “Débattons du Plaisir – 8ème jeu-parti”

  1. Dame Laudine dit :

    Cher chevalier, votre question revient presque à se demander qui de l’homme ou la femme est le plus enclin à la frustration ! Je pense que l’un et l’autre souffre de cette situation absurde. A moins que l’un des deux soit un peu masochiste ou frigide, mais lequel, nous ne pouvons pas le deviner…

  2. Gaulcem Faidit dit :

    Jusqu’à présent, Gaulcem chantait l’amour et la poésie,
    Dans ce jardin avec bien des galanteries,
    Il y dédaignait les drolesses des bas désirs
    Et refusait d’aborder les grossiers plaisirs.

    Mais notre ami, le rouge chevalier,
    Dans sa fantaisie a donc décidé
    De nous soumettre une bien drole de question
    Où il faut faire de mes principes l’abolition.

    Eh bien, je n’ai qu’un mot: Vous le voulez ?
    Très bien Gaulcem Faidit va se lacher !

    Entre deux chéris, qui donc perd le plus,
    Si au moment de la rencontre sur litière,
    Il se trouve, malgré le désir téméraire,
    Qu’il n’y aient que des caresses et rien de plus ?

    A y réfléchir qu’est ce donc faire l’amour ?
    A qui incombe la plus lourde tache ?
    A elle, qui jouit et se prélasse ?
    Ou à lui qui l’a séduit et fait son labour ?

    En fait, c’est lui qui fait le plus d’effort,
    Pour prouver qu’il est, au plumard, très fort.

    S’il se rate, il aura cet échec sur le coeur:
    Aller au feu et se rater, quel déshonneur !

    Ainsi, au lit, en rester aux caresses,
    Hourra pour lui ! Point de peur d’un échec,
    Car pas de risque de passer pour un blanc bec.
    Il y perdra moins bien moins que l’autre diablesse !

    Lui, gagne potentiellemnt une nuit tranquille;
    Elle, perd un moment de joie heureux ou cruel,
    Son sacrifice est loin d’etre superficiel.
    Mais bon, une nuit chaste, c’est pas inutile !

  3. Yves le Rouge dit :

    Comme il l’indique, notre poète Gaulcem Faidit se lâche! Mais, ce faisant, il répond à coté de la question, à mes yeux. Il nous indique, selon lui,qui se sort le mieux de cette situation de ne pas assouvir ses désirs entre amants.
    Dame Laudine, s’offusque d’un tel jeu, qu’elle trouve cruel, et c’est bien normal, comme mon discourt va le démonter. Car, à l’évidence, c’est ici la femme qui souffre le plus.

    Je propose pour soutenir mon propos trois arguments.
    Les deux premier sont de l’ordre moral. Non solum… la femme est plus faible moralement, comme le souligne Thomas D’Aquin lorsqu’il écrit que c’est pour cela que le Malin l’a choisit pour instrument de la tentation, …sed etiam, les femmes sont désobéissantes par essence! Ovide, dans « les amours », fait dire aux femmes ceci: « Nous tendons toujours vers ce qui est proscrit et toujours nous désirons ce qu’on nous défend »
    A ce stade de mon discours, il m’apparait évident que, en la situation décrite dans notre jeu, la femme aurait le plus grand mal à résister.

    Mon dernier argument est plus…physique. La femme aura pris soin de choisir un amant beau. C’est la qualité première aux yeux de nos compagnes, bien avant la puissance qui vient juste après. Il suffit de les écouter, lorsqu’elles sont entre elles, détaillant sans vergogne et avec gourmandise le physique d’un homme qu’elles convoitent. Arrivée à ses fins, la Dame, esclave de ses sens, aura tout le mal du monde à ne pas succomber à l’attrait des plaisirs de la chair, allongée près de celui qu’elle à choisie.

    Je pense avoir démontré ainsi que le plus grand sacrifice est pour la Dame.

  4. Maebh dit :

    Bonjour Belle Compagnie…
    Quoi, je vous abandonne quelques temps, et à mon retour vous ne parlez plus de l’Amour mais des plaisirs charnels… Mais où nous mène notre chevalier rouge?!
    Mais puisque je suis parmi vous, je vais répondre… En un sens, je suis entièrement d’accord avec Dame Laudine, la question est cruelle! Mais je tendrai à répondre de la même façon qu’Yves le Rouge, certes pas pour les mêmes raisons…
    Il me semble à moi que, dans cette situation, la femme fait un plus grand sacrifice. Car lorsqu’elle se donne, c’est toute entière, et celle qui aura autorisé son amant à partager son alcove ne s’attend pas à se voir refuser …
    Mais ce n’est là qu’avis de femme!

  5. Chevalier d'Azur dit :

    Il faut tout d’abord se poser la question du sacrifice avant de savoir ce qu’il signifie pour chacun afin de pouvoir les comparer.
    Etymologiquement, il s’agit de faire offrande à la divinité ou de rendre sacré. Chaque amant va donc offrir sa chasteté (terme plus agréable que la frustration qui, de plus, est déjà connoté)
    Pour la femme, l’esthétique du corps est un argument que tous reconnaissent (pris dans son ensemble ou pour des parcelles ou pour les chanceuses, pour chacune des parcelles). Elle en prend soin et la nature l’a doté d’une robustesse qui lui autorise à porter des enfants.
    L’homme recherche dans l’acte physique la possession de ce corps afin d’atteindre ces qualités qui lui sont inaccessibles. La femme est moins encline à la beauté (sinon, les hommes naturellement se pareraient tel un paon pour faire sa cour afin de les attirer.). Non, elle recherche ce que lui apporte son esprit et s’en nourrit.
    A la lumière de ces réflexions, on peut considérer que la chasteté de la femme ne l’empêche pas de se délecter de l’amour réciproque qui l’unit à son amant. De plus, elle conserve un mystère et ne risque pas de perdre son homme car il demeure dans l’attente de ce qu’elle a laissé entrevoir. Qu’a t’elle donc offert en sacrifice ? Au mieux, elle a troqué son désir immédiat contre un fantasme plus durable…
    L’homme sait, tant qu’il n’a pas conquis physiquement la belle, qu’elle continue de lui échapper et en éprouve une vive inquiétude. De plus, l’appel de la nature éveille une sourde douleur en lui que la proximité physique de sa dame rend plus vive encore. Il sait qu’il doit continuer le jeu de la séduction sans relâche et s’interroge à tous moments sur les erreurs éventuellement commises. A t’on déjà vu homme refuser cet acte à sa douce amie couchée à ses cotée et se contenter de caresses qui peuvent le meurtrir plus encore ?
    L’homme est donc le seul à subir un sacrifice.

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