Près de la fontaine, je me repose un instant, grignotant des douceurs. Je me rends au Jardin Courtois. La chevauchée est longue et je ménage ma monture qui, après s’être désaltérée à l’eau vive, broute dans son coin. Je cherche dans mes souvenirs quel sera, cette fois ci, le dilemme proposé à l’assemblée. Soudain, mon cheval redresse la tête, oreilles pointées vers l’avant. Rien ne bouge pourtant dans les fourrés et les oiseaux continuent de gazouiller. Je scrute l’endroit que fixe toujours l’étalon, alors qu’un frisson le parcourt soudainement. Puis, il se remet à brouter. Je souris. Je suis ici en lisières du royaume de la Reine des Fées. Mon sensible compagnon a peut être senti la présence d’un représentant du Petit Peuple? J’aurai perçu la fuite d’un petit animal venu s’abreuver et que notre présence aurait inquiété. Ne voulant pas plus longtemps perturber ce havre de fraîcheur, je décide qu’il est temps de repartir. Je laisse en évidence les reliefs de mon goûter : un reste de pomme et un peu de pain d’épice. Voilà pour les habitants de la forêt. On m’attend au Jardin et j’ai enfin choisi le propos du Jeu-Parti.
Voilà le sujet: je le choisis intentionnellement un peu plus fruste pour contrebalancer le premier sujet qui évoquait la beauté et de l’intelligence.
Il vaut mieux arriver chez sa maîtresse lorsque son rival en sort satisfait ou bien sortir satisfait lorsque le second arrive.
Bon, éclaircissons la question
Vaut-il mieux être un le premier amant d’une femme ou bien l’être maintenant?
Ou encore ceci, vous courtisez une femme, elle choisit d’abord un autre, puis ensuite change d’avis (déçue ou pas, à vous d’imaginer) et vous accepte comme amant.
Une fois encore, je vous donne quelques réponses « de l’époque » qui défendent les deux thèses

Celui qui se baigne le premier n’hérite pas de la crasse ! Mieux vaut ce qui est neuf que ce qui est usagé !
Le premier dégrossi le travail et le second le porte à sa perfection ! Celui qui veut vaincre en tournoi doit rester sur le champ le dernier !
Messires et Gentes dames, à vous!
Messire je me demande comment une telle question peut vous venir au milieu des merveilles de la Nature, sublimée par la présence des fées. Vous l’eussiez prononcée à voix haute, leurs petites ailes en auraient été toutes froissées.
Je m’explique: une gente dame ne mérite pas ce titre si elle reçoit comme vous le décrivez un amant après l’autre! Ainsi, si j’étais un chevalier, je préférerais l’humiliation de me faire supplanter plutôt que de devoir faire la cour à une dame dont mon estime pour elle serait largement abimé.
La seule possibilité pour le deuxième chevalier est d’attendre plusieurs lunes avant de faire sa cour et de gagner lentement le cœur de la dame pour être sûr que celui-ci ne sera qu’à lui. Puis il devra attendre que la belle lui manifeste un réel intérêt avant de trop s’en éprendre.
Belle Dame, si j’aime, j’aspire à l’Amour de la plus parfaite en corps et en esprit. Lors, comment interdire qu’elle est d’autres soupirant voulant la conquérir?
Si la Domna reçois d’autres prétendant c’est que je ne l’ai pas encore convaincu que je mérite d’être son unique chevalier servant. C’est à moi qu’il revient, par mon mérite de faire en sorte qu’elle me choisisse et n’offre ses faveurs qu’à moi.
Il me semble que les hommes se plaisent à parader devant leur dame et à se battre pour elle par tous les moyens. Auriez vous autant d’attachement pour votre dame si son sourire vous était acquis d’avance? Votre orgueil ne subirait-il pas d’affront à être le seul en lice?
Je ne crois point qu’une dame aime à voir défiler les coqs aux idées fixes pour juger des ramages et plumages bigarrés et futiles de ceux-ci.
La discrétion et le mystère sont les plus beaux apanages des chevaliers.
En vérité voilà une question
Qui suscite en moi très grande passion !
Vaut-il mieux être le bon deuxième
Ou le très triste mauvais premier ?
Car en vérité lorsque l’on aime,
L’on voudrait ne pas être cocufié!
Pour moi, si je me découvrai trompé
Je tuerai mon rival en duel
et pour mon ex chérie ne voudrai
Au grand jamais plus rien savoir d’elle !
Je préfère arriver après un décevant.
Car je n’aurai aucun mal à le supplanter
Dans le tendre coeur de ma chère dulcinée
Non sans l’avoir éliminer très prudemment !
Personne ne se veut voir Arnolphe !
Tout le monde se veut voir Horace !
Si l’on fait à sa belle des grâces,
L’on évitera, croyez-moi, la catastrophe !
Noble maître joyeux à l’écarlate habit,
Permettez que je joue avec vous, je vous prie.
Car un tel problème me paraît épineux,
Et j’ose dévoiler mon esprit en ces lieux.
Et j’espère pouvoir, par mes alexandrins
Approfondir un tel débat, si j’y parvins.
Aussi reformulons cette belle question :
Mieux vaut visiter sa domna
Quand sort un rival satisfait,
Ou bien en sortir satisfait
Avant que le second n’entrât ?
Voilà en vérité, un dur et grand dilemme
Qui en émeut plus d’un, comme l’a dit Gaulcem.
Toutefois la question reste pour moi obscure.
Et j’aimerais bien pouvoir l’analyser
Afin de révéler sa vraie architecture,
Que quelqu’un ne donne de réponse biaisée.
Aussi me semble-t-il voir d’un côté l’honneur,
Et de l’autre l’amour avec sa belle fleur.
Et ce dilemme être une histoire de valeur.
Quand après son rival satisfait, en second
Chez nôtre Domina enfin nous arrivons.
Cela est fort déshonorant !
Mais au moins sommes-nous sûrs de garder la belle,
Et toujours à la bouche attacher ce doux miel.
Le premier, quant à lui, préserve son honneur,
Mais perd l’amour qui luit au plus profond du cœur.
Car parti à la chasse, il libère la place.
Ainsi et pour finir, cette question demande :
Que faut-il préférer ? L’Amour ou bien l’Honneur ?
C’est donc bien là un vrai dilemme cornélien.
Amis et jouteurs, réfléchissez bien.
Amour ou Honneur ? Amos Honosve ?
« La pire saloperie qu’on puisse faire à un homme qui vous a pris votre femme, c’est de la lui laisser ! »