Locus voluptatis – 4ème jeu-parti

Dans mon jardin il y a…

Bien abrité derrière de hauts murs, qui enserrent ainsi une nature pacifiée, dans mon jardin il y a, au centre, une fontaine. Le murmure de la source, la fraîcheur des frondaisons incitent à la sérénité et calment les cœurs tourmentés.

Dans mon jardin il y a des arbres fruitiers qui boivent à la source de vie. Pommiers, poiriers, des orangers et des pins dont les branches sont lourdes de fruits.

Dans mon jardin il y a des fleurs dans l’herbe, corolles d’azur, de gueules, d’argent et d’or. Par endroit, des plessis délimitent le territoire des plantes bénéfiques et odorantes. Derrière les banquettes d’herbe, où se réunit notre Cour D’amour, des claies supportent des rosiers qui embaument l’air. C’est aussi dans ce lieu que viennent musiciens et danseurs. Les fleurs sont comme les jeunes Damoiselles : blanches comme leurs teints, roses comme leurs joues après la danse ou un compliment, rouge comme leurs lèvres. Prés des murs, on trouve des treillis lourds de rosiers plus sauvages, de jasmin et d’aubépine et aussi des endroits plus secrets pour des caresses complices.

Dans mon jardin il y a des oiseaux chantants : merles, pinsons, alouette et bien sûr le rossignol joli.

Dans mon jardin, il y a des jongleurs, des trouvères, des Damoiselles charmantes, des Chevaliers courtois, des petits lapins, un singe facétieux, un petit chien tout blanc qui jappe et court lorsqu’il est content.

Dans mon jardin il y a Vous…car ce Jardin Courtois est aussi le vôtre.

Et dans notre jardin courtois, on croise parfois les Parfaits Amants et, la nuit tombée, une licorne vient boire à la source de vie…

jardin courtois

Alors dans ce jardin, voici mon nouveau jeu-parti :

J’aime à croire que ce sujet sera l’un des plus disputés !

On vous propose de coucher avec votre mie (ou votre amant) une seule fois, mais à condition que vous ne la reverrez plus de votre vie, ou de la voir tous les jours, sans jamais rien obtenir d’elle : Que devez vous préférer?

Débattons!!!!

7 réponses à “Locus voluptatis – 4ème jeu-parti”

  1. Gaulcem Faidit dit :

    Dieu que voilà une question,
    Qui produit en moi grande confusion !

    Que voilà un dilemme ! Andromaque
    Même ne l’eus pu supporter ! La démoniaque
    Question est de savoir si l’on doit
    Vivre avec son élue mais sans consommer,
    Ou s’offrir une nuit de joyeux ébats,
    Sans pouvoir jamais plus se rencontrer ?

    Hélas dans l’un et l’autre cas,
    Je souffre fort du résultat
    Qu’aurait ma résolution
    S’il fallait être Didon.

    En toute mon âme et conscience
    Je ne puis souffrir l’absence
    Ma vie durant de celle que j’aime
    Son amour m’est un vrai emblème !

    Etre séparé de mon aimée pour la vie,
    Pour juste un moment de joie, même divin,
    Pour ne plus voir au grand jamais, au petit matin,
    De ses yeux la joie d’aimer, non merci.

    Vivre avec son âme sœur,
    Tout en respectant sa vertu,
    Peut être source d’ardeur,
    Et prolonger un amour continu.

    Je pense qu’il est possible d’aimer toute sa vie,
    Une femme sans la prendre ou même la désirer.
    Marie, femme et mère fut vierge toute sa vie…
    A son exemple, suivant Platon, sachons aimer !

  2. Yves le Rouge dit :

    Je pense pour ma part qu’il faut faire le pari de Jaufré Rudel, mais dans l’autre sens! Ce bon troubadour tomba amoureux de la princesse de Tripoli en entendant vanter sa beauté et son esprit. Il écrivit des chansons à sa « Princesse Lointaine ». Il vécut ainsi un amour de loin (« amor de lonh »)

    Je choisit donc l’unique nuit avec mon amour, pour m’en souvenir, encore et encore, et glorifier cet instant. J’y suis plus gagnant que Jaufré qui, comme on le raconte dans sa vida, mourut dans les bras de sa Domna venu à sa rencontre alors qu’il avait traversé le monde connu pour découvrir enfin celle qui enflammait son imagination.

  3. Gaulcem Faidit dit :

    Yves, ce bon et cher compagnon,
    Le chevalier de rouge écarlate,
    En opinant sur la question,
    Pour lui répondre, me donne la patate !

    En fait, il ne choisit qu’une nuit,
    D’amour avec celle qu’il aime,
    Acceptant de ne la revoir, ainsi,
    Jamais. Ma réponse sera ce poème.

    Je saisis donc alors, au mot,
    Ce qui est, je le dis ici, pour moi,
    Discours de quasi soliveau,
    Menant à, de l’amour, la Bérézina.

    Tu dis chevalier vouloir te ressouvenir
    Encore et encore d’un unique désir
    Que tu glorifieras à jamais. Mais au lieu de plaisir,
    Tu n’auras, je crois, que le droit d’en souffrir:

    Car ce moment si espéré,
    Mais pour toi si vite passé,
    Jamais ne se renouvellera
    En ton cœur tu t’affligeras.

    « Aimer c’est se surpasser »
    disait un très génial poète.
    Eh bien, cette façon d’aimer,
    Est pour moi une grande quête.

    J’accepte fort d’aimer nuit et jour,
    Une femme que je ne toucherai, certes, jamais,
    Mais avec qui je pourrai vivre toujours,
    Même si avec elle je me garderai.

    L’attitude inverse est comme celle
    De feu Dom Juan, ce très damné mortel,
    Qui n’aime qu’une nuit et puis
    En escroc, abandonne et fuit !

    Je préfère la noblesse du Jardinier,
    Mari d’Electre, bien plus belle que Psyché.
    Il ne peut, de toute sa vie, aimer jamais qu’elle,
    Mais le Destin, à jamais l’en empêche, cruel.

    Malgré ce qui aurait poussé,
    Un autre à se suicider,
    Lui, demeure heureux de pouvoir
    L’aimer, courageux comme Bayard.

    Je persiste et signe donc,
    Un troubadour je suis de mon état,
    Les rimes je manie comme Scaevola,
    Pour chanter le grand amour,
    Qu’en Orphée je savoure,
    Alors vraiment adieu Didon !

  4. Mairin LeFay dit :

    Moi, Mairin LeFay, pour assumer ma réputation de fillette repentie, je dirais que je préfèrerai succomber aux plaisirs de la chair avant que d’etre séparée de mon amant, afin de pouvoir en conserver le souvenir… Mais la question est dure à trancher, car un beau souvenir a vite fait de se changer en regrets éternels de ne plus voir l’objet de son attirance…
    D’un autre côté, pouvoir passer sa vie aux côtés de son bien aimé, même sans en rien obtenir, permet de placer celui-ci sur un piédestal, paré de toutes les vertus; en ce cas, il vaut parfois mieux ne jamais rien obtenir, sous peine d’être déçue!
    Enfin, il faudrait préciser si l’amant passe sa vie entière à coté de sa mie sans jamais rien en obtenir car il n’ose pas, ou si c’est parce qu’elle se refuse à lui. Si c’est la première solution, messieurs qui etes ici en ce jardin, je ne ferai que citer Talleyrand:

     » Les femmes pardonnent parfois à celui qui brusque l’occasion, mais jamais à celui qui la manque. « …

    Aussi, une femme qui passerait sa vie à côté d’un amant très dévoué mais qui ne fait que l’admirer risquerait d’en éprouver de l’amertume, et donc, de ne pas être heureuse… Or, nous tous ici assemblés, ne cherchons-nous pas justement à aimer de bonne et belle manière?

    Sur ce, je vous souhaite le bonsoir, charmante compagnie, et retourne à mes étuves…

  5. Dame Laudine dit :

    Cher chevalier Rouge, il me semble que cette question se rapporte, en matière de tempérament, à celle que vous nous posiez lors de votre dernier Jardin courtois : « Lequel aimeriez-vous mieux, que votre maîtresse fût morte ou qu’elle en épousât un autre? »
    En effet, on peut préférer que tout s’arrête après le premier grand amour, fermer sa porte et son cœur, refuser l’antidote: le temps qui passe.
    Je pense que si on a un cœur gros comme ça… il faut l’utiliser à bon escient au lieu de vivre frustré comme bigot et bigotte.
    Donc, au risque de vous décevoir et même de vous choquer, je ne peux répondre à cette question. Je choisi la vie et la liberté, d’aimer celui que j’aime et de le libérer, d’aimer ceux qui m’aiment et qui me donnent ma liberté.

  6. Lady Elizabeth dit :

    Bien! Pour répondre à cette délicate question, j’ai, de mon coté, pris le parti de la simplifier quelque peu, pour la réduire à deux lieux communs afin de nous aider dans cette réflexion.
    Mais avant toute chose, établissons clairement que, durant tout ce discours, lorsque que nous parlerons de sentiments, nous considèrerons qu’il s’agit de l’amour véritable, le grand, celui pour lequel nous serrions prêt à endurer toutes les souffrances, et non d’une vulgaire attirance physique ou d’une simple inclination passagère.

    Maintenant prenons chaque thèse, une par une, pour les décortiquer un instant.

    Commençons donc par «coucher avec notre mie».
    Alors voilà! Les choses se passent comme elles le doivent (je vous épargne les détails, vous êtes assez grands pour vous les imaginer vous par vous-même, et sinon c’est que vous êtes trop jeune pour avoir cette discussion). Pour résumer, nous dirons simplement que ce fut la nuit de votre vie, comme vous n’en n’avez jamais vécu d’autre. Puis Fatalité! Vient le chant de l’alouette, annonçant le jour qui se lève, et il est temps pour vous de quitter votre aimée. Alors, conformément à votre serment, vous partez à jamais, avec pour tout souvenir d’elle, la seule mémoire de cette nuit…
    C’est alors que se présentera à nous deux directions possibles.
    A savoir, chemin numéro un: Vous enchainez les conquêtes dans le but d’oublier l’amour perdu et les regrets de ne pouvoir être avec votre belle. Cherchant à revivre cette nuit de volupté, vous êtes serez donc amené à multiplier les rencontres indéfiniment en les comparant inlassablement au passé avec une certaine mélancolie. Cela jusqu’à ce vous vous rendriez compte que rien n’égalera jamais l’harmonie parfaite que vous avez connu avec votre chère et tendre, cette nuit là.
    Vient maintenant l’autre chemin qui nous est proposé : Trop blessé par la séparation (parce que vous êtes un homme d’honneur et que, malgré la douleur, vous partez la tête haute), vous demeurez convaincu que personne ne pourrait égaler votre dulcinée. Alors, bien encré dans cette conviction qu’aucune gente demoiselle ne pourrait retrouver grâce à vos yeux, vous déciderez de mener votre existence amoureuse en « solitaire », gardant le souvenir nostalgique de votre nuit, pour seule consolation.
    En résumé quelque soit la voie que nous choisirions, nous pourrions établir de façon un peu simpliste que « coucher avec sa mie » en étant condamné à ne jamais la revoir, équivaudrait à flirter avec la mélancolie, la nostalgie, etc… pouvant même aller jusqu’aux regrets et aux pensées les plus sombres.

    Continuons maintenant avec l’hypothèse suivante : « Voir sa bien aimée tous les jours, sans jamais rien obtenir d’elle ».
    La première question qui me vient à l’esprit, serait : « est-ce que cette demoiselle vous aime également?» (car si je ne me trompe pas, cela n’a pas été précisé dans le sujet initial?). Je vais donc répondre, pour les deux cas également, de la même manière dont j’ai abordé la thèse dans le paragraphe précédent.

    Premièrement, imaginons que la dame occupant toutes vos pensées soit victime d’une « malédiction » l’empêchant tout contact avec vous, sous peine des plus terribles représailles. Admettons cependant que cette demoiselle soit également éperdue de vous, ne pourrions nous pas supposer que la souffrance à porter serait donc encore plus grande? Car, de fait, si vos pensées convergent dans la même direction, l’impossibilité de vous rejoindre en sera d’autant plus frustrante. Pourtant, vous resterez là, toujours plus aimant, espérant jour et nuit, qu’un beau matin vous parviendrez à trouver une « contre-malédiction ».
    Maintenant prenons le cas, où la demoiselle, n’éprouverait aucune inclination à votre encontre. Vous seriez donc certain de ne rien pouvoir obtenir d’elle; mais cependant vous refuserez de passer à autre chose. Préférant la voir heureuse avec quelqu’un d’autre, que malheureuse avec vous, vous demeureriez à ses cotés en ami fidèle toujours prêt à la servir, souhaitant secrètement qu’un jour elle vous remarque enfin.
    Nous le voyons donc, dans tous les cas, rester au près de celle que vous aimez sans jamais ne rien pouvoir obtenir d’elle, reviendrait donc à vivre dans l’espérance. Comme le disait notre cher ami Edmond Dantès : « Attendre et espérer ». Même si, vous en conviendrez avec moi, ce mode de vie peut s’avérer risqué, tant il pourrait vous faire basculer dans la folie à n’importe quel moment.
    La question est donc maintenant de savoir, laquelle de ces deux voies préféreriez-vous suivre, et surtout quelles sortes de souffrances vous seriez-vous prêt à endurer?
    Céder à l’impulsion du moment et coucher avec votre mie, tout en sachant pertinemment ce que cela impliquerait, et être donc être condamné à vivre dans le regret ou la nostalgie, c’est-à-dire tourné vers le passé ?
    Ou alors seriez-vous prêt à rester patiemment aux cotés de votre dulcinée, vous berçant des illusions les plus cruelles, et espérant secrètement qu’un jour les choses changent ?

    La question ne reviendrait-elle donc pas à dire : « préféreriez-vous vivre tourné vers le passé ou vers le futur ? »

  7. Don Fenice Gesufal dit :

    Lady Elisabeth a fort bien traité le sujet, mais en en éludant, il me semble, l’une des composantes majeures, à savoir le dilemme entre les deux alternatives. Dans les différentes situations qu’elles nous décrit, le protagoniste n’a pas réellement le choix entre les deux propositions, soit qu’il consomme son amour mais doive ensuite quitter sa belle le matin venu pour tenir son serment, soit qu’il ne puisse le faire et reste à ses côtés.

    En revanche, je conserverai l’une de ses prémisses que je considère comme indispensable à un vrai débat sur la question, à savoir que l’on parle bien ici d’amour véritable (ou tout du moins de l’idée d’amour véritable, car il reste difficile de juger de ce caractère), car autrement la première proposition en devient plus facile à supporter tandis que la deuxième perd de son attraction.

    L’autre prémisse que je poserai donc est que notre sujet a véritablement le choix entre les deux alternatives. Cela suppose, à mon avis, que l’amour qu’il a pour sa dulcinée soit partagé, rendant possibles les deux situations, et le dilemme symétrique.

    Imaginons, pour les besoins de notre questionnement, que nos deux amoureux soient victimes d’un charme qui, s’ils s’unissent charnellement – ou, plus cruel encore, à la première caresse ou baiser – les transportera au matin sur deux mondes distincts, sans espoir de retour. Ils peuvent donc effectivement s’abandonner l’un à l’autre, mais au prix d’une séparation ad vitam æternam, ou bien préférer rester auprès de l’autre leur vie durant, mais sans jamais assouvir leur désir.

    Les deux possibilités étant source de souffrance, il s’agit de préférer la moindre, entre celle causée par l’absence irrémédiable de l’être cher, mais tempérée par le souvenir du moment partagé, et celle causée par l’impossibilité de l’amour physique, mais pour laquelle le baume de la compagnie de l’aimé(e) vient amoindrir quelque peu. J’aurais pour ma part un argument en faveur du premier choix : lorsque l’on se trouve séparé de l’autre, sur le long terme, la souffrance va diminuant, au fur et à mesure que les souvenirs s’estompent lentement ; tandis que, de l’autre côté, la présence constante de l’autre est un rappel constant de l’impossibilité du contact physique, cette proximité ravivant en permanence le feu d’un désir qui ne peut être comblé.

    Ceci m’amène également à exprimer mon désaccord vis-à-vis de la conclusion de sa contribution : pour moi, ce n’est pas vivre dans le futur que de préférer la seconde proposition, car cela supposerai un espoir qui n’est pas permis par les termes de l’alternative, et ce n’est peut-être pas non plus vivre dans le passé que de choisir la première. C’est plutôt choisir entre l’intensité et la fugacité d’un bonheur éphémère, et le mélange de plaisir et de souffrance d’un désir permanant mais voué à rester inassouvi.

    Maintenant, nous pouvons aussi considérer que ce jeu est une métaphore de l’inconstance du désir, dans une perspective quelque peu Dom Juanienne. On a beau éprouver de l’amour, le désir se tarira une fois comblé, entraînant à terme la séparation, alors que dans l’alternative il pourra rester intact indéfiniment. Un personnage à la morale toute personnelle me tint un jour ces propos : « C’est de coucher avec l’être aimé qui finira par tuer cet amour. Pour qu’un amour dure toujours, il faut rester auprès de l’autre, mais ne jamais coucher qu’avec d’autres ! ». Une maxime provocatrice et moralement discutable, mais qui peut justement susciter bien des commentaires…

Laisser un commentaire