Nuit étoilée – 7ème jeu-parti

Dans notre250px-Codex_Manesse_Walther_von_der_Vogelweide jardin courtois, c’est la nuit, et tout est endormi.

Je reste là, assis, à écouter le bruit de l’eau et à choisir quel sera le sujet de notre nouveau jeu.  Je suis un peu à l’image de Walther von der Vogelweide. Le visage posé dans la main, je laisse venir l’inspiration.

La journée fut belle : promenade en forêt, accompagné de Scaevola et de Gaulcem, à converser gravement de sujets futiles et légèrement de sujets graves. Une visite dans un scriptorium connu de Scaevola, nous a permis de découvrir des ouvrages, propices à nourrir nos propos d’arguments puisés à la sagesse des anciens.
Véritablement, quelle belle journée.
La nuit prend fin sans que le sommeil m’ait trouvé mais moi, j’ai trouvé mon sujet. L’alouette, messagère du matin, fait entendre son chant.
Pour accompagner ce nouveau jeu, je vous propose une aube justement, ainsi que l’on nommait ce genre de chant, dont le sujet est le réveil des amants.
Le texte qui suit est un chant de femme, mais il est attribué au trouvère Gace Brulé.

Quand je vois se lever l’aube du jour,
Il n’y a rien que je doive plus haïr
Car elle fait me quitter
Mon bien aimé, pour qui j’ai tant d’amour.
Certes, je ne hais rien tant que le jour,
Bien aimé, qui me sépare de vous.

Le jour, je ne puis le voir
Car j’ai bien trop peur qu’on nous remarque.
Je vous le dis, c’est la vérité :
Les fâcheux sont aux aguets.
Certes, je ne hais rien tant que le jour,
Bien aimé, qui me sépare de vous.

Quand je suis allongée dans mon lit
Et que je regarde à mes cotés,
Je n’y trouve point mon bien-aimé.
Je m’en plains à tous les amants au cœur loyal.
Certes, je ne hais rien tant que le jour,
Bien aimé, qui me sépare de vous.

Ami doux et cher, vous allez partir.
A Dieu je vous recommande,
Pour Dieu, je vous en supplie, ne m’oubliez pas!
Je n’aime personne autant que vous.
Certes, je ne hais rien tant que le jour,
Bien aimé, qui me sépare de vous.

J’en fais prière à tous les amants sincères :
Qu’ils aillent chantant ma chanson
En dépit de tous les médisants
Et des méchants maris jaloux.
Certes, je ne hais rien tant que le jour,
Bien aimé, qui me sépare de vous.

L’aube qui sépare les amants approche. Dans le Jardin encore vide, c’est donc pour le moment, à la lune et aux étoiles que je pose la question.

J’aime une femme que je n’ai pu fléchir. Une autre m’offre son cœur.
Dois-je renoncer à la première qui refuse mon amour, ou continuer de la servir?

6 réponses à “Nuit étoilée – 7ème jeu-parti”

  1. Gaulcem Faidit dit :

    Un jour, vivant seul et tranquille,
    L’on a rencontré une vraie fille,
    Qui nous a, au fer rouge, le cœur, marqué,
    Que l’on a, comme jamais, follement aimé.

    Pour elle, on eut donné sa vie, son âme,
    Ressentir autant, juste pour une seule femme…
    Elle était devenue le seul Soleil,
    De notre vie de pauvre et simple mortel.

    Et l’on mesurait enfin le sens de la vie,
    Celui du mot aimer. L’Amour, quel infini !

    Après les doutes, les soupirs et les pleurs,
    On s’est finalement décidé à tout lui dire :
    Qu’on lui offrait, à genoux, notre cœur,
    Qu’on passait le jour à l’aimer et la bénir.

    On lui promettait un amour pur et vrai,
    Comme elle n’en avait connu jamais,
    Sincère, fidèle et, à elle, tout dévoué,
    Doux sentiment d’être enfin protégée…

    C’eut pu être un rêve devenant réalité.
    Mais cet amour ne fut pas du tout partagé.
    Notre bel amour ne fut point, par elle, compris,
    Elle refusa, Hamlet repoussant Ophélie.

    Pour un cœur jeune et prêt à souffrir,
    Que cette femme aimée à en mourir,
    Refuse donc le bonheur, à elle, promis,
    Est un désastre cinglant comme à Crécy.

    Après un tel coup, l’on voudrait n’être plus soi,
    Pourtant, imaginez maintenant avec moi,
    Qu’à ce moment, en pleine tristesse, une autre fille
    Nous avoue qu’elle veut être pour nous plus que gentille.

    Nous pourrions tenter d’apaiser notre cicatrice,
    Accepter l’amour de cette fille, y faire honneur,
    Mais Orphée peut il oublier son Eurydice ?
    Devenir, pour oublier sa déconvenue, un imposteur ?

    Quand Orphée a perdu son amour,
    Il entame une éternelle descente aux enfers,
    Et nulle femme ne peut lui porter secours,
    Quand on en aime une, on ne peut pas se refaire.

    Une fois que l’on est amoureux d’une femme,
    A qui on veut se donner corps et âme,
    Il est fortuit de tenter de nous détourner,
    Aimer ne se conjugue jamais qu’au singulier.

    Impossible de se détourner de celle que l’on aime.
    Y Renoncer, c’est écouter son requiem.

    Son bonheur étant notre seul et vrai désir,
    L’on veut toujours continuer à la servir.
    Avec l’espoir toujours intact, mais peut être vain,
    Qu’on sera un jour, de son cœur, le souverain…

  2. Théodora De Lamalice dit :

    Me voici enfin arrivée jusqu’à vous mes amis, mon voyage fût long…en chemin un message du vent m’a été confié. il n’a pu me dire à qui il était destiné…je vous le souffle à mon tour :

    Hautes vagues qui venez sur la mer,
    Que le vent pousse en tous sens,
    Pouvez-vous me conter des nouvelles de mon ami,
    Qui passe là-bas ? Je ne le vois pas de retour !
    Ecoute Dieu d’amour !
    Mon cœur est plein tantôt de joie, tantôt de douleur!

    Ecoutez, douces brises qui venez de là-bas,
    Où mon ami demeure, couche et dort,
    De sa douce haleine apportez moi le breuvage!
    J’ouvre la bouche par le grand désir que j’en ai !
    Ecoute Dieu d’amour !
    Mon cœur est plein tantôt de joie, tantôt de douleur!

    Cela fait mal d’aimer un vassal de pays lointain,
    Car en pleurs tournent les joies et les rires.
    Jamais je n’aurais cru cela de mon ami,
    Car je lui accordai tout ce qu’au nom de l’amour il demanda.
    Ecoute Dieu d’amour !
    Mon cœur est plein tantôt de joie, tantôt de douleur!

  3. Yves le Rouge dit :

    Théodora nous rejoint dans le Jardin avec un chant d’amour émouvant. Nous l’accueillons avec joie car, en Dame courtoise, c’est une personne de parole, puisqu’elle avait annoncée sa visite.
    Son chant pourrait nous suggérer un nouveau jeu : « l’Amour est-il source de joie ou de douleur »? Mais là n’est pas la question, mes amis, et j’ai le regret de faire remarquer à notre nouvelle intervenante qu’elle ne répond pas à la question de notre jeu parti.
    Je profite de l’occasion pour rappeler que, même si la fin’amor donne la prééminence à la Dame, nous pouvons parfois reformuler nos jeux pour explorer d’autres versions. Dans le cas de notre jeu : « j’aime un homme… »
    Ainsi, une Dame de bon aloi peut répondre en jugeant des qualités de l’amant ou bien en s’imaginant elle-même piégée par l’Amour.

  4. Théodora De Lamalice dit :

    Yves le Rouge, une promesse est une promesse pour Théodora et c’est avec la même joie que j’ai traversé le royaume de la Licorne et du Cerf Blanc pour me joindre à vous.

    « J’aime une femme que je n’ai pu fléchir. Une autre m’offre son cœur.
    Dois-je renoncer à la première qui refuse mon amour, ou continuer de la servir? »

    Pardonnez moi, fatiguée de mon voyage, la question, en effet je n’y ai guère répondu, volontairement, pour la belle raison que je n’ai fait que transmettre ce chant confié par le vent, chant troublant ma conscience et mon esprit, chant intriguant : QUI est cette femme qui pleure un amant ?

    M’est avis cette autre qui offre son coeur à un amant qui aime une femme indifférente.Evidence, sans doute…
    Tantôt elle est emplie de joie, tantôt de douleurs.On ne sait si cet amant éprouve le même sentiment.Disons que non.Ne trouvez-vous pas magnifique l’amour qu’elle déploie à travers les mers, le ciel, la terre et ce par ses seules pensées ? Ne voudriez-vous pas prendre la place de cet homme pour qui une belle ne respire que par lui ? Et lui faire entendre raison, lui ouvrir les yeux sur cet amour profond…
    Elle souffre de son indifférence, il souffre de l’indifférente.
    Il s’obstinera à croire qu’il l’aime,sincèrement dans un premier temps puis par défi, par orgueil mais n’obtiendra jamais son amour.Il s’épuisera.Dans sa quête perdue, il s’éloignera de l’indifférente et se rapprochera de l’aimante.Il découvrira la douceur, la tendresse, la sincérité.Naitront en lui de nouveaux sentiments jusqu’alors inconnus, qui lui plairont.Les deux malheureux de notre début se sont trouvés.
    L’autre qui était tant convoitée se retrouve seule, ignorée et fini par aimer celui qu’elle repoussait tantôt…

    Notre beau a fini par obtenir ce qu’il voulait…

    Je vous laisse penser la dessus mes amis.

  5. Le Roi Renaud dit :

    J’aime une femme que je n’ai pu fléchir. Une autre m’offre son cœur.
    Dois-je renoncer à la première qui refuse mon amour, ou continuer de la servir?

    Il est dit de la prime dame
    Que je n’ai pas pu la fléchir
    Et non que son cœur et son âme
    Jamais ne pourront me chérir.

    Un élan d’orgueil me surprend:
    Peut-elle longtemps résister
    Celle qui ma flamme apprend
    Et qui me verrait insister?

    La foi renverse les montagnes!
    Mon sincère et brûlant amour
    Fera bien que le sien je gagne
    Et rien n’arrêtera ma cour.

    Pareil au feu ardent du four
    Qui saisit le pain en plein cœur
    Et le fait craquer tout autour
    En l’attisant de l’intérieur.

    Oui! Je vaincrai sa résistance!
    Je la ferai craquer pour moi,
    Céder à mes folles avances,
    Se consumer d’un tendre émoi!

    Oui, mais de par cet orgueil même.
    Qui est un péché devant Dieu.
    Je ne mérite pas que m’aime,
    Celle qui charme mes deux yeux.

    Que ce dilemme est difficile!
    Cupidon lui-même l’assure,
    Quelques mots, qui en valent mille:
    En amour, rien n’est jamais sur.

    Je me retrouve donc pareil
    A icelle qui me désire,
    D’un fol amour qui l’émerveille
    Mais qui à chaque jour empire.

    Je suis de marbre, ou bien de glace,
    Impassible comme le bois,
    Dans mon cœur pas la moindre place…
    Pour celle qui est comme moi!

    Et la crainte qui me torture
    Serait que celle que j’adore
    Me fasse endurer ce qu’endure
    Celle qui m’espère si fort.

    Cette confusion me remplit tout l’esprit
    Je voudrais être sûr et tout n’est que mystère,
    De doute, de langueur, de trouble je suis pris….
    Je finirai ma vie, loin, dans un monastère!

  6. Dame Laudine dit :

    Continue de servir la première quitte à lui être désagréable et sacrifie ta vie à harceler celle qui ne veut pas de toi. Aime la en la faisant souffrir, en lui faisant honte. Tu perdras ton honneur et ta dignité. Mais faut-il que tu donnes ton cœur à la seconde, qui te regarde avec ses grands yeux amoureux ? Laisse le en repos quelque temps, être chevalier courtois ne signifie pas qu’il faille en permanence courir après l’amour. De plus Cupidon se moque de la logique et de la bienséance !

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